Démographie à Villeneuve-lès-Avignon : Au-delà du chiffre global, comprendre la population

La municipalité met périodiquement en avant une évolution démographique positive de Villeneuve-lès-Avignon, laissant entendre une dynamique globale favorable. Ce fut encore le cas lors du conseil municipal du 10 décembre 2025, comme en atteste le compte rendu. Il est vrai, selon les chiffres de l’INSEE, que la population communale est passée d’environ 12 400 habitants en 2010 à 12 950 habitants en 2022 (soit une augmentation de 946 habitants) avec une projection autour de 13 330 habitants en 2025. 
Mais analyser la démographie ne consiste pas uniquement à commenter un chiffre total. Une approche sérieuse impose de regarder l’évolution dans le temps, la structure par âge et les mécanismes qui sous-tendent cette croissance. Car lorsqu’on entre dans le détail, le récit devient plus nuancé  et éloigné de la communication officielle. 

Une croissance démographique réelle, mais limitée et atypique

Selon ces données consolidées, sur douze ans, Villeneuve-lès-Avignon a gagné environ 550 habitants, soit une progression de l’ordre de +4 à +5 % entre 2010 et 2022, évoluant vers + 7.6% sur 15 ans en intégrant la projection 2025.
Cette hausse modérée mais réelle, repose presque exclusivement sur le solde migratoire. Le solde naturel (naissances moins décès) est faible, parfois négatif, ce qui signifie que la population augmente non parce qu’elle se renouvelle, mais parce que de nouveaux habitants s’installent. Ce point est important car il indique que la dynamique démographique n’est pas portée par les jeunes générations, mais par des ménages déjà constitués, souvent plus âgés. Un constat qui éclaire, en creux, le décalage croissant entre population et autres indicateurs urbains, comme l’augmentation rapide et déjà évoqué du parc de logements (dont une proportion reste vide) au dépend du cadre de vie. 

Une pyramide des âges qui se transforme profondément

L’évolution la plus marquante entre 2010 et 2022 concerne la structure par âge.
En douze ans :

  • La part des 60–74 ans est passée d’environ 18 % à plus de 23 %.
  • Celle des 75 ans et plus de 12,5 % à plus de 15 %.
  • A l’inverse, les 15–29 ans sont passés d’environ 13,4 % à 11,6 %.
  • Les 30–44 ans de 16,8 % à 14,2 %.

En 2022, près de 38 % de la population a plus de 60 ans, contre environ 30 % en 2010. La pyramide des âges s’est donc nettement déplacée vers le haut. Ce vieillissement structurel explique en partie pourquoi l’augmentation du nombre d’habitants ne s’accompagne pas d’un rajeunissement de la commune. Il permet aussi de comprendre pourquoi, malgré une population qui progresse modérément, les besoins résidentiels évoluent fortement : ménages plus petits, décohabitation, vieillissement à domicile.
Il a également des conséquences mesurables sur les services publics, notamment scolaires pour ne prendre qu’un exemple. Ainsi, le rapport d’activité du SIVURS, présenté lors du conseil municipal du 10  décembre 2025, met en évidence à Villeneuve-lès-Avignon, une tendance à la baisse récente ou à la stagnation de la  fréquentation des cantines scolaires, en particulier sur les écoles maternelles. Cette évolution contraste avec celle observée dans les communes voisines, où la fréquentation progresse ou se maintient à un niveau plus élevé. Ce différentiel territorial ne relève pas du hasard puisqu’il il constitue un indicateur indirect mais révélateur de l’évolution démographique, confirmant le recul relatif des jeunes classes d’âge à Villeneuve.

2025 : une population plus nombreuse, mais pas plus jeune

La projection à 13 330 habitants en 2025 prolonge une tendance déjà bien installée. Rien n’indique, à ce stade, une inversion de la pyramide des âges ou un retour massif des jeunes adultes et des familles.
Sans inflexion majeure, cette croissance se traduira principalement par :

  • Une poursuite de l’augmentation des classes d’âge les plus élevées
  • Une stabilisation, voire une érosion relative, des classes actives
  • Une fragmentation accrue des ménages.

C’est ici que la comparaison avec l’évolution du nombre de logements devient éclairante, sans être centrale : le parc de logements a augmenté beaucoup plus vite que la population (voir article précédent: Fiscalité confiscatoire et urbanisme incohérent…), non pas parce que Villeneuve se remplit, mais parce que chaque habitant occupe en moyenne moins de place dans la pyramide démographique. Ce phénomène est typique des communes où le vieillissement s’installe durablement. 

Démographie : s’adapter à la tendance ou changer de cap pour l’avenir

Les chiffres ne dictent pas une politique, mais ils imposent un choix. Soit la commune se satisfait d’une trajectoire démographique née de choix assumés — fiscaux, urbanistiques, en matière de services publics — et adapte progressivement la ville à un vieillissement durable de sa population : logement majoritairement orienté vers de petits ménages, services centrés sur le grand âge, équipements scolaires dimensionnés à la baisse, offre publique de plus en plus spécialisée…
Soit elle décide de relever le défi d’un rebond démographique, en assumant une rupture positive avec les orientations suivies jusqu’à présent. C’est ce second choix que nous faisons. Un choix lucide, fondé sur les données, qui vise à recréer les conditions d’un renouvellement générationnel dans un cadre de vie amélioré. Cela implique d’actionner des leviers cohérents et complémentaires : une fiscalité redevenue attractive pour les ménages actifs, une politique de services publics facilitant la vie familiale et professionnelle, un urbanisme pensé pour accueillir des jeunes actifs, et une vision d’ensemble capable de redonner à Villeneuve une dynamique démographique équilibrée dans un environnement hors normes. 

Ce contenu a été publié dans Démographie, Environnement - Urbanisme - Cadre de vie. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *