Le Grand Avignon occupe aujourd’hui une place centrale dans la gouvernance de notre territoire. Ses décisions influencent la façon dont nous nous déplaçons, où se construisent les logements, comment nos paysages évoluent et quels services structurants forment notre cadre de vie.
Villeneuve-lès-Avignon y tient un rôle particulier : commune dynamique, carrefour des mobilités, pôle culturel et patrimonial majeur, elle contribue à l’identité du bassin de vie. Pourtant, son influence politique au sein de l’intercommunalité ne reflète pas ce rôle concret. Ce décalage n’est ni inévitable ni abstrait puisqi’ul s’explique par des dynamiques institutionnelles, des manques de coordination, un défaut d’anticipation politique et une légèreté constatée dans les missions des élus. Pour Villeneuve, l’enjeu est de reconstruire une présence forte, cohérente et influente.
Le Grand Avignon : un niveau de décision clé pour notre quotidien
Le Grand Avignon exerce des compétences déterminantes : aménagement du territoire, développement économique, mobilité et transports, politique de l’habitat, environnement, gestion de l’eau, grands équipements culturels. Concrètement, c’est à cette échelle que se dessinent les axes de développement qui conditionnent le quotidien de chaque habitant : la gestion des déplacements, l’implantation des entreprises, la programmation culturel, la préservation des espaces naturels, les orientations du SCoT ou encore les choix d’investissements structurants.
La récente réorganisation des lignes de bus, le développement ou l’abandon de certains projets de franchissement du Rhône, ou encore les arbitrages liés aux zones d’activités montrent combien cette échelle de décision est structurante. C’est également au niveau intercommunal que se gèrent les grandes délégations de services publics : la gestion de l’eau potable, aujourd’hui confiée à un délégataire, ou encore l’exploitation du réseau de transport Orizo par Tecelys, société publique locale de l’agglomération.
Dans ce contexte, il est essentiel que nos représentants soient entendus, qu’ils portent une vision claire, et qu’ils tiennent pleinement leur double rôle : celui d’impulseur de politiques publiques, capables de proposer et d’orienter… mais aussi celui de contrôleur vigilant de l’action intercommunale.
Les dernières années ont montré combien ce second rôle est crucial : les réserves formulées sur la gestion de l’eau (coûts, investissements, facturation, information aux usagers, …) comme les dysfonctionnements relevés dans la gouvernance de Tecelys démontrent que, sans un contrôle rigoureux des élus, les politiques publiques peuvent manquer de transparence, d’efficacité ou de cohérence.
Une intercommunalité bien gouvernée repose sur une chose simple : des élus impliqués, constant et présents.
Villeneuve : une commune essentielle, mais insuffisamment audible
Villeneuve ne manque ni d’atouts ni de légitimité. Elle est desservie par des flux majeurs, confrontée à des enjeux de mobilité, d’aménagement et de logement, tout en assumant un rôle patrimonial de premier plan.
Pourtant, dans certaines décisions clés, sa voix apparaît moins coordonnée ou moins influente, en partie en raison de singularités économiques et démographiques héritées des politiques fiscales et urbanistiques évoqués dans des articles précédents. Ces choix ont façonné une commune à la structure sociale particulière, parfois moins représentative des besoins pluriels du bassin de vie, ce qui rend plus difficile la défense de certains dossiers à l’échelle intercommunale.
Sur le dossier de l’eau, par exemple, de nombreux habitants ont exprimé leurs interrogations : manque de clarté dans la tarification, incertitudes sur l’état réel du réseau, communication parfois fluctuante, doubles facturations constatées… Ces sujets exigent une vigilance acérée des élus, un suivi constant des engagements du délégataire et un contrôle rigoureux des décisions intercommunales. Or Villeneuve n’occupe pas, aujourd’hui, la place qu’elle devrait avoir dans ce pilotage essentiel.
Les débats autour de Tecelys, autre exemple, ont mis en lumière des failles dans la gouvernance de la SPL : incohérences de gestion, difficultés opérationnelles, demandes d’audit formulées par plusieurs communes, réflexions sur une révision de la direction et des procédures internes. Villeneuve, pourtant directement concernée par la performance du réseau Orizo au quotidien, n’a pas joué un rôle moteur dans cette phase critique où il aurait fallu peser davantage.
L’exemple de la LEO illustre également la difficulté d’influer lorsque les prises de position arrivent tard et sans alliés structurés. Dès l’origine du débat, Villeneuve aurait pu, et dû, impulser un compromis entre les attentes des groupes majoritaires et les demandes d’amélioration du tracé, afin d’aboutir à une solution plus simple, plus cohérente, capable de rejoindre directement l’échangeur de Bompas pour permettre de réduire la pression sur l’échangeur de l’Amandier et d’éviter la concentration actuelle des engorgements. Mais faute d’un travail préparatoire solide au sein des instances du Grand Avignon et d’une coalition gardoise organisée, les décisions ont avancé sans que Villeneuve ne puisse (ou ne veuille) réellement infléchir les orientations pour obtenir un consensus.
Ces exemples montrent que Villeneuve n’est pas faible : elle est isolée. Et dans une intercommunalité, l’isolement mène à une perte d’influence que l’on doit corriger.
Construire un pôle gardois : la voie d’un rééquilibrage durable
Face à ce constat partagé, une voie intéressante serait celle de construire un pôle gardois structuré, réunissant les communes du Grand Avignon Gardois. L’objectif n’est pas de créer une opposition frontale, mais de bâtir une force de proposition cohérente et complémentaire, capable de peser dans les débats et de défendre les spécificités de la rive droite.
Par exemple, dans le domaine des mobilités, une telle coordination permettrait de défendre de manière unie des projets véritablement structurants : améliorer les traversées du Rhône, créer de réelles alternatives au trafic de transit, ou encore optimiser les liaisons intercommunales entre communes gardoises, trop souvent pensées aujourd’hui en fonction des priorités du cœur avignonnais.
Sur le logement, second exemple, cette coopération offrirait une meilleure prise en compte des réalités du Gard, marqué par des tissus pavillonnaires, des centralités moins denses et des contraintes foncières spécifiques. Elle permettrait d’adapter les politiques sans pour autant déroger aux obligations légales qui s’imposent à chaque commune et éviterait que certaines cherchent à se défausser de leurs responsabilités au détriment des autres villes de l’agglomération.
Sur le plan économique, quant à lui, un pôle gardois structuré aurait la capacité de revendiquer une répartition plus équilibrée des investissements au bénéfice des zones d’activités situées sur la rive droite gardoise, aujourd’hui sous-valorisées malgré leur potentiel. Une stratégie commune permettrait d’orienter plus efficacement les projets, de renforcer l’attractivité de l’ensemble du territoire gardois et de réduire, par la même occasion, les migrations quotidiennes vers le Vaucluse de nombreux habitants contraints de s’y rendre pour travailler. En développant davantage d’activités économiques de proximité, le pôle gardois créerait ainsi un cercle vertueux : moins de déplacements, plus d’emplois locaux, et une agglomération plus équilibrée.
Pour conclure, un pôle gardois uni offrirait un cadre solide pour exercer un contrôle approfondi sur les grands services publics délégués — eau, transports, déchets, ou encore mobilités structurantes — et permettrait à Villeneuve, en tant que ville principal, d’être non seulement un relais, mais un moteur de transparence et d’exigence démocratique. Une telle dynamique n’est possible qu’à une condition : que les élus villeneuvois s’engagent, qu’ils assument un rôle actif dans l’impulsion des politiques publiques et qu’ils renforcent leur vigilance sur l’ensemble des actions menées. C’est de cette présence constante, constructive et exigeante que dépendra la capacité de Villeneuve à retrouver toute sa place au sein du Grand Avignon et à entraîner avec elle l’ensemble des communes gardoises concernées.
