Rénover un équipement public est souvent une nécessité. À Villeneuve-lès-Avignon, il était important d’améliorer l’état de la salle polyvalente (située sur les hauteurs de Villeneuve) quant à ses performances énergétiques insuffisantes, son confort thermique dégradé, ses équipements vieillissants… La question n’était donc pas faut-il rénover ? mais plutôt comment rénover, et avec quelle vision ?
Aujourd’hui, le bâtiment rénové est livré. Si la rénovation technique est bien réelle, le résultat architectural suscite une interrogation partagée par de nombreux habitants : avions-nous besoin, pour rénover, de renoncer à l’identité du lieu ?
Une rénovation nécessaire et légitime
Il est important de rappeler que la rénovation de la salle polyvalente répondait à de vrais enjeux. Améliorer l’isolation, réduire les consommations énergétiques, désamianter, remettre aux normes un bâtiment ancien, offrir de meilleures conditions d’accueil aux associations et aux usagers. Ces objectifs étaient légitimes et partagés et c’est la raison pour laquelle la réfexion avait été votée à l’unanimité.
Dans une commune comme Villeneuve-lès-Avignon, rénover le patrimoine bâti est indispensable pour concilier sobriété énergétique, confort d’usage et maîtrise des dépenses publiques. Sur le principe, cette opération avait donc toute sa raison d’être. Mais une rénovation n’est pas un acte purement technique quand c’est aussi un choix architectural, esthétique et symbolique, surtout lorsqu’il s’agit d’un équipement public visible et fréquenté, situé à proximité d’une zone résidentielle.
Un parti architectural en rupture avec l’identité de la commune
Le résultat aujourd’hui visible interroge. La transformation de la salle polyvalente s’est traduite par un habillage très marqué avec des volumes massifs, des lignes strictes, un bardage métallique nervuré, une teinte uniforme verte évoquant davantage un bâtiment industriel ou agricole qu’un équipement public inscrit dans un tissu urbain.
Or Villeneuve-lès-Avignon est une commune à l’identité architecturale forte, largement façonnée par la tradition provençale : pierre, enduits clairs, rythmes de façades, rapport au paysage et à la lumière.
Ici, le choix retenu rompt totalement avec ce contexte, sans dialogue avec l’existant et c’est domage car il était tout à fait possible de moderniser le bâtiment sans effacer l’âme du quartier, sans donner le sentiment d’un objet posé là, sans lien avec son environnement.
Un malaise esthétique largement partagé
Le malaise ressenti aujourd’hui par de nombreux habitants ne vient pas d’un désaccord esthétique quand il est le résultat d’une absence de consultation en amont sur un projet qui modifie durablement le paysage de la commune, et d’un pilotage politique insuffisant à un moment clé de l’opération. Il nous a coûté 1.2M€. Les élus auraient dû s’interroger plus tôt sur les choix architecturaux proposés et engager un dialogue avec la maîtrise d’œuvre dès le dépôt de l’avant-projet détaillé. C’est à ce stade que les arbitrages esthétiques et l’intégration au cadre de vie auraient dû être discutés, ajustés, parfois corrigés.
Aujourd’hui, le résultat est là. Les travaux sont achevés, les décisions ont été prises, et il n’est plus possible de revenir en arrière. Nous le regrettons, car cette rénovation aurait pu être menée autrement, avec la même exigence technique et énergétique, mais avec un plus grand respect de l’identité de Villeneuve-lès-Avignon.
Ce constat n’a pas vocation à alimenter une polémique, mais à poser une exigence pour l’avenir, celle du respect du cadre de vie qui ne peut être considéré comme un sujet secondaire ou optionnel. L’architecture en est une composante en étant lié à l’urbanisme. Tirer les enseignements de cette rénovation, c’est affirmer qu’à l’avenir, les projets municipaux devront être mieux concertés, mieux suivis et pleinement assumés sur le plan architectural, afin que modernisation et identité locale avancent ensemble, au service des habitants et de la qualité de vie à Villeneuve-lès-Avignon.
